L'expression tit for tat signifie qu'on ne veut donner une chose qu'en en recevant une autre. «donnant donnant». Ceci illustre un dilemme auquel chacun doit faire face tous les jours : doit-on collaborer ou trahir?
Autrement appelé le Dilemme du prisonnier 1, son principe est un célèbre exemple de la théorie des jeux. Dans ce jeu, il est fait l'hypothèse que chaque joueur ici appelé «prisonnier» essaye de maximiser ses bénéfices sans tenter d'en faire autant avec ceux de l'autre joueur.
Le principe s'illustre très souvent sous la forme d'une histoire : deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n'ont pas assez de preuves pour les inculper, donc ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre. « Si tu dénonces ton complice,et qu'il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l'autre écopera de 10 ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de 5 ans de prison. Si personne ne se dénonce, vous aurez tous deux, 6 mois de prison... »
L’expression « to give tit for tat » signifie aussi en français « répondre du Tac au Tac » .

A l'occasion de son exposition, l'artiste Marie Lancelin se pose comme maître (de part son invitation) et partenaire de jeu ou d'exposition. Elle invite ainsi Alexandra Vukotic, le binôme We Are The Painter et Alexandre Barth dans son atelier, à concevoir une affiche.
Mode de communication directe, l'affiche, est un moyen simple pour révéler une attitude, une posture, un positionnement ; mais aussi, des indices, des alternatives au travail de chacun tout en étant des affirmations spontanées, des aveux....
Les artistes n’ont donc pas été choisis pour leurs points communs mais pour leurs différences générant ainsi des rencontres, des jeux de face à face.
La proposition de Marie Lancelin intitulée sans titre (fanion), décline sous forme de jeu de construction une même image représentant un fanion de scout sur lequel apparaît le mot effort et dont la forme même de l'ensemble de cette construction 2D cherche à réécrire le même mot. Sur le mur en face se trouve une seconde proposition de la même artiste. Jeu de construction également, le triangle se décline pour construite un dessin abstrait aux couleurs flash tel les tifos 2 brandis par les spectateurs de manifestations sportives dans les gradins. Ces deux images se répondent et laisse entrevoir une forme, un mot à découvrir dont on a compliqué la lecture. Collaborer ou trahir? Lors d'un tifos le spectateur brandit avec enthousiasme ce panneau se trouvant mis à disposition sous son siège alors que le choix de l'image y apparaissant lui est imposé, à l'inverse l'artiste s'en empare pour créer une composition graphique de formes et couleurs dont le sens reste flou et totalement personnel...
Alexandra Vukotic pose simplement une chaise sur laquelle se trouve un bouquin de mots croisés ainsi qu'un crayon, sculpture en tant que telle où invitation à s'asseoir et remplir les grilles. Libre est le choix de chacun et chacune d'y intervenir ou non.
We Are The Painter ont quant à eux déjà choisi leur camp, leur affiche telle une déclaration de collaboration ou de travail occasionnel, arbore dans une même composition les préoccupations de chacun ainsi que deux portraits peints ensemble au cours de petits moments de complicité en vacances.
Alexandre Barth serait le traître de la bande. Il montre ainsi une série de photos réalisée au cours d'un montage d'exposition et à l'occasion duquel il aurait mené une action flirtant aux limites de la flibusterie nonchalante.
Tit For Tat rassemble ainsi 5 jeunes artistes dont les attitudes et les pratiques divergent et se croisent parfois mais pour lesquels cette exposition est l'occasion de « coopérer, jouer systématiquement, ou non, ce que l'adversaire a joué » et ainsi développer une stratégie propre...

1 Le dilemme du prisonnier est utilisé par les économistes, les mathématiciens, les psychologues, les biologistes et les spécialistes de science politique. Le paradigme correspondant est également mentionné en philosophie et dans le domaine des sciences cognitives.
2 On notera également que le terme tifos provient de tifosi qui lui-même signifie fanatisme.